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Billet d'humeur

décembre 2011 Billet d'humeur de Cédric Coulon

« Ho Ho Ho ! C'est le Père Nano... »

 

Nous nous reconnaissons tous peu ou prou dans ces chalands que l'on voie régulièrement déambuler dans les grands magasins, l'âme en peine, en quête du « cadeau qui fera plaisir ». Et nous aurions tendance à compatir d'autant plus à cette période de l'année que, Noël approchant, il nous faudra bientôt nous aussi partir à la recherche de ces objets plus ou moins familiers dont la liste s'allonge dangereusement sur la porte du frigo. C'est une épreuve souvent éreintante, et qui peut même se révéler fort stressante pour celui qui, l'année dernière, a vu sa côte de popularité auprès de ses neveux dégringoler pour avoir confondu un Pokémon avec un Bakugan. La honte.

Alors qu'importe le jouet, pourvu qu'il satisfasse les attentes de ces jeunes critiques dont l'intransigeance semble inversement proportionnelle à leur âge. « C'est promis, cette année, je trouverai le cadeau qui tue ! ». Enfin... qui tue... façon de parler.

Parce que la sécurité de nos enfants, ça ne se discute pas ! Voilà bien le message qu'a souhaité incarner le 16 novembre dernier le réseau WECF (Women in Europe for a Common Future), qui a eu l'idée d'installer en plein centre de Paris un « laboratoire éphémère » destiné à tester la toxicité des jouets. Un mercredi qui plus est, jour idéal pour appeler les parents à la vigilance.

Si la directive européenne relative à la sécurité des jouets (directive 2009/48/CE) a renforcé en la matière les obligations des acteurs économiques (fabricants, importateurs, distributeurs), elle ne s'est guère avérée suffisante pour calmer les inquiétudes des consommateurs, associations en tête. La cause en est partiellement due au fait que, si l'on s'inquiétait autrefois de la nocivité des peintures égayant les petites voitures ou de la capacité d'un enfant à ingérer les éléments d'un Monsieur Patate, d'autres motifs d'inquiétude ont depuis vu le jour. Et l'usage des nanotechnologies dans la confection des jouets en fait bien évidemment partie.


Cet usage n'a au demeurant rien de nouveau. Ainsi, lorsqu'après la découverte des propriétés des pattes du gecko des scientifiques s'étaient ingéniés à reconstruire une structure similaire à l'aide de nanotubes de carbone, les premiers jouets exploitant cet artifice n'ont pas tardé à être commercialisés. Dès Noël 2000, l'Europe s'émerveillait de ces petits bonshommes qu'on parvenait à coller au plafond sans recourir à de la colle adhésive...

Depuis, le débat sur la dangerosité des nanotechnologies s'est largement installé dans la communauté européenne. Et alors que les consoles de jeu portables envahissent chaque foyer, il est naturel que des voix s'élèvent pour faire observer que rien aujourd'hui ne permet encore de garantir l'absence de danger des jouets de haute technologie pour leurs utilisateurs. La députée européenne Corinne Lepage, présente à la manifestation du 16 novembre, soulignait à ce titre « qu'il n'existe pas d'étiquetage correct », quand Michèle Rivasi, membre de la Commission Industrie, Recherche et Energie, faisait valoir « qu'il y a plus d'informations sur les cosmétiques que sur les jouets ».

À l'instar des craintes formulées à l'égard des jouets émettant des ondes électromagnétiques, ceux dans la composition desquels entre des nano-matériaux sont donc plus que jamais dans la ligne de mire des associations de parents et de consommateurs. Certes, la réglementation balbutiante en ce domaine n'incite certainement pas à la confiance, mais c'est plus encore la propre ignorance des usagers qu'il est avant tout nécessaire de combattre. Ainsi, en appeler à la vigilance des parents n'est-il pas vain si, dès l'abord, rien ne leur permet a priori de redouter l'existence d'un risque quelconque pour leurs enfants ? À l'heure où l'on déplore que l'écrasante majorité des consommateurs reste encore très peu avertie de la présence de nano-objets dans les produits dont elle fait quotidiennement usage, tout étiquetage à cet effet s'avère sans doute d'autant plus justifié que lesdits produits s'adressent à des personnes fragiles. Cependant, cela ne nous paraît guère utile tant qu'une autre campagne d'information n'aura pas été conduite à son terme : celle qui consiste, au préalable, à sensibiliser la population à l'existence et aux particularités des nanotechnologies ainsi que des produits qui en sont issus... ce que nous, juristes, avons encore parfois bien du mal à appréhender.

Alors la popularité des nano-objets pourra inciter les parents à cette vigilance naturelle qui s'exprime chaque fois qu'ils sont confrontés à des jouets dont l'innocuité ne leur saute pas aux yeux. Sans compter que nos petits monstres feront toujours preuve d'une imagination inouïe lorsqu'il s'agira de prêter aux dits jouets un usage différent de celui pour lequel ils sont destinés... « Allez, chiche que je m'enfonce la tête d'un Playmobil dans le nez ? »

 

Cédric Coulon est Maître de conférences à l'Université de Rennes-I et membre de l'I.O.D.E. (UMR CNRS n° 6262)
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